Sélectionner une page

Parfois je me demande comment je tiens encore debout.

Si j’avais dû imaginer vivre un jour une épreuve aussi violente que la perte d’un de mes enfants,  je n’aurais jamais pensé m’en relever. Et pourtant je suis là, 5 mois plus tard avec une vie bien remplie, des projets, des envies, des rencontres et même de la joie entre les larmes. Il n’y a pas une journée qui passe sans que quelque chose ne me rappelle l’accident. Il n’y a pas une minute ou je ne pense pas à lui. Il n’y a pas une seconde où je ne n’ai pas l’impression d’avoir été arrachée d’une partie de moi-même. Et pourtant je suis là, toujours debout… 

Je me rappelle que durant les premières semaine après l’accident, je me suis surprise à fonctionner comme si c’était quelque chose de provisoire. Bien que sachant très bien qu’il ne reviendrait pas, une partie de moi attendait patiemment que tout revienne à la normale… C’est un paradoxe étrange et inconfortable mais avec le recule je crois que c’était le temps dont mon cerveau et mon corps avaient besoin pour intégrer l’information.

L’absence si soudaine de Noé a laissé un vide immense dans notre famille dont il était le plus jeune membre. Notre rythme de vie tournait beaucoup autour des besoins et des possibilités liées à son âge. Du jour au lendemain le champ des possibles est passé de “5 ans et +” à “8 ans et +”. Le véritable défi est d’accueillir en moi cet inconfort et ce petit goût de culpabilité que me procure le fait de prendre parfois du plaisir à faire des choses que sa présence ne nous permettait pas de faire avant. C’est tellement dure à vivre et pourtant c’est le seul moyen de m’en sortir. 

On vit dans une société qui a complètement dénaturé le véritable sens des émotions faisant de la colère et de la tristesse des éléments négatifs que l’on doit chasser de nos vies. J’ai vite compris que je ne devais pas chercher à ne plus pleurer la mort de mon fils. Je la pleurerai probablement chaque jour jusqu’à la fin de mes jours. J’ai accepté cette idée et à partir de là, il ne reste plus qu’à apprivoiser les changements que la vie m’impose à travers cette épreuve. Je me dis que vivre ma tristesse en me remémorant de jolis souvenirs et en construisant des choses à partir de tout ce qu’il m’a appris durant le temps que nous avons passé ensemble me ferait moins de mal que de pleurer sur le vide qu’il laisse dans ma vie. Je pense que le fait de résister à ce changement ne m’apporte en réalité que de la souffrance. Je dois me recréer et laisser de nouvelles choses remplir mon existence si je ne veux pas me laisser aspirer, absorber par le vide…

J’ai eu tellement de chance de le connaître mon petit prince, je lui doit d’honorer cette chance. 

La vie n’aime pas le vide…